Une rencontre innatendue

Dès l’enfance, on se construit une bulle composé de cette famille qui nous est si chère, de nos plus anciens amis. On a tendance à se définir par rapport à ce petit monde. Notre idée de nous même n’est qu’une composition de ce que chacune de ces personnes dit de nous. On file le parfait bonheur en grandissant, enveloppé dans cette bullebien à nous. Il arrive un stade de la vie où on se rend compte qu’on est parfois différent de ce qu’on pensait, ou de ce qu’on nous a toujours dit ou encore de ce qu’on a toujours été jusque-là. C’est à ce stade la que l’on fait cette rencontre exceptionnelle. On se rencontre soi-même. Cette rencontre s’effectue autour de la vingtaine généralement, vingt-trois ans pour la majorité. Aujourd’hui je suis à ce stade là et je me rencontre.

A 23 ans, je viens de finir mes études universitaires. Je me retrouve sur le marché de l’emploi. Je me retrouve confronter à un monde qui jusque-là était si loin de moi. Un monde qui me paraissait utopique, idéal. Dans ma bulle, je me faisais une idée assez simple de ce monde de l’emploi. Je pensais qu’y entrer avec les meilleurs résultats scolaires, les meilleures références scolaires me garantiraient les meilleures chances. Dans ma bulle, on me répétait souvent « soit la meilleure des meilleurs pour pouvoir occuper de grande place dans la société ». Aujourd’hui je constate que cela n’a rien à voir avec les résultats scolaires en général.

A 23 ans, on ressent ce besoin existentiel de commencer à créer son petit monde. On a grandi d’un coup et notre bulle ne nous suffit plus. Ce qui est normal puisque toutes les personnes  qui nous entouraient d’attention et nous veillaient quand ça n’allait pas ont aussi vieilli. Ils se disent qu’il est tant pour moi de m’ouvrir au monde, de voler de mes propres ailes. Ils ont d’autres personnes à veiller maintenant. Des plus jeunes, des plus faibles que moi. Je ressens alors ce besoin d’être un appui pour un plus faible, de faire mes preuves, d’explorer ma force, mes capacités afin de pouvoir prouver qu’a mon tour je peux faire partie de la bulle d’un plus faible.

A 23 ans, on a déjà traversé l’adolescence. Les petites aventures sont finies et aujourd’hui je ne m’attarde plus sur le plus beau ou le plus éloquent. Ce besoin de me constituer mon petit monde s’installe de plus en plus. Je commence à voir les « autres » avec leur petite famille, je remarque les enfants de tout âge. Je suis sensible à la peine des enfants qui vivent des situations défavorisées. Je me demande si je serai une bonne mère, comment rencontrer le bon père pour mes futurs enfants? Je commence à me rendre compte des problèmes des couples. Des couples qui me paraissaient si idéals me paraissent désormais moins parfaits et même loin de « mon » idéal. Enfin l’idée que je me faisais de l’idéal.

A 23 ans, on se rend compte que la famille, notamment les parents ne peuvent plus grand-chose pour nous. A cet âge on a envie de paraître belle, soigner, sortir avec des amis. On dépense beaucoup, le train de vie change ce qui est normal, les besoins augmentent avec l’âge. Les parents ne sont plus à même de tout supporter. L’ego ou l’envie d’indépendance nous pousse à nous tourner de moins en moins vers eux. On cherche alors le moyen de subvenir à ses propres besoins. On traverse souvent la précarité où on doit se serrer la ceinture jusqu’à retrouver une stabilité financière.

A 23 ans, notre bulle éclate. On se rend compte que les standards de vie ou les repères que nous avions ne sont pas ce qui nous semblaient. Une barrière s’écroule pour laisser place au monde tel qu’il est. Un « nous » s’efface pour donner place à un autre. Tout autour de nous, nous pousse à nous replier sur nous-mêmes, regarder en nous pour en sortir un produit qui sera désormais le produit finit de notre existence. On se découvre pour la première fois quelqu’un qu’on ne se connaissait pas. Une « autre version » de nous qui pourra combattre dans ce nouveau monde et pouvoir construire notre nouvelle bulle. Une bulle dans le monde réel. J’ai commencé le cheminement avec cette nouvelle personne. Plus je la découvre, plus elle me plaît. Voila l’histoire de ma toute première rencontre avec moi-même.

6 réflexions au sujet de « Une rencontre innatendue »

  1. Pour un premier billet, tu as fait fort, sur la forme et le fond.
    On est tous passé par là,sans pouvoir en parler avec autant de justesse.

    La plupart des gens ont entendu parler de la crise de la quarantaine,merci de nous faire (re)découvrir celle de la vingtaine…

  2. Emile Dzidjinyo dit :

    Une nouvelle bulle…oui!
    Je crois aussi que c’est l’expression de cette petite graine longtemps occultée un temps par l’enfance, un autre par l’adolescence, et qui aujourd’hui s’affirme de plus en plus. Nous faisons connaissance comme tu le dis si bien avec ce « nous » et notre marge de manœuvre n’en est que plus grande.
    Je suis comme toi, à 23 piges , je vis, je découvre, je réalise et je m’en réjoui. #lacrisedelavingtaine

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